Xavier Delengaigne

Laissez de la place au hasard et au désordre dans votre système d’organisation!

par Natacha Heurtault

 

Partager les connaissances, c’est comme conduire une voiture. Parfois vous devez accélérer mais parfois vous devez aussi savoir freiner pour éviter les obstacles. Ainsi, le partage des connaissances est loin d’être un parcours rectiligne.

Selon vous quels sont les freins et les accélérateurs du partage de connaissance?

Xavier Delengaigne: Le partage de connaissances subit de nombreux freins et notamment le manque de formation. C’est ce que le philosophe Gustave Thibon, résumait par la phrase: «Rien ne prédispose plus au conformisme que le manque de formation». Au contraire, se former c’est se donner l’ouverture nécessaire pour appréhender la nouveauté. Le manque de culture informationnelle est aussi un autre frein au changement. Pour partager la connaissance, il faut parler le même langage et disposer de références communes. Une réponse possible à ces freins est la gestion des données personnelles ou PKM, Personal Knowledge Management. Un bon Knowledge Management est en effet un partage de la connaissance qui part de l’individu. Comme pour une équipe de foot, un bon Knowledge Management se base en effet sur ses joueurs.

Le partage des connaissances se nourrit du besoin de reconnaissance

Il y a heureusement plusieurs leviers qui permettent d’accélérer le partage de connaissance. Le premier d’entre eux est un environnement propice et un management adapté. En montrant l’exemple, en mettant en avant le désir de partager et le retour sur investissement le manager crée un climat favorable au partage de connaissances. Cela permet de dépasser l’égoïsme intrinsèque à l’être humain. Une des principales motivations pour donner est la conviction que nous allons recevoir en retour. Heureusement l’être humain est mû par un sentiment de réciprocité qui nous incite à «renvoyer l’ascenseur». Le travailleur du savoir, d’autant plus s’il appartient à la génération Y, a besoin d’un véritable besoin de reconnaissance et le partage permet de satisfaire ce besoin. Et puis comme levier du partage il y a les connecteurs. J’appelle «connecteurs» des personnes qui réalisent des passerelles entre les spécialités. Dans le réseau social du partage de connaissances, ils sont les nœuds qui relient un ou plusieurs sous-groupes.

Enfin, partager les connaissances c’est comme conduire une voiture parfois vous devez accélérer mais parfois vous devez aussi savoir freiner pour éviter les obstacles. Ainsi, le partage des connaissances est loin d’être un parcours rectiligne. Il nécessite parfois des détours pour arriver à bon port.

Qu’est-ce qui différencie une connaissance ou un savoir d’une information?

Dans son livre blanc Outils du KM – Panorama, choix et mise en œuvre, Gilles Balmisse de Knowledge Consult nous apporte la réponse par une analogie avec le temps: une donnée est un élément brut en dehors de tout contexte, une information est une donnée mise en contexte alors qu’une connaissance est une information assimilée pour réaliser une action.

Actuellement, de nombreuses personnes se cantonnent à accumuler des données et/ou des informations. L’action doit rester pourtant au cœur de la (bonne) gestion des connaissances. Un travailleur du savoir doit poser des filtres actifs sur le monde informationnel qui l’entoure. Dans le cadre d’une veille par exemple, il pourra paramétrer ses outils en fonction de ses projets. En tant que formateur, il pourra par exemple créer un dossier Formation dans son agrégateur de flux RSS. Dans son service de social bookmarking il pourra utiliser des codes projets comme tags, etc.

Concrètement, comment amenez-vous vos collègues à partager leurs savoirs et/ou à s’appuyer sur l’expérience des autres?

Dans la plupart de mes missions, j’introduis les cartes mentales comme support du savoir et de la connaissance. La technique de la carte mentale ou mind mapping est une méthode pour organiser visuellement ses idées. Elle se base sur les travaux du psychologue anglais Tony Buzan. Les cartes mentales favorisent le partage du savoir car elles réduisent notamment la charge cognitive et les phrases sont réduites en mots et en images.

La structure arborescente de la carte facilite également sa lecture. Par manque de temps, nous procédons en effet de plus en plus à une lecture scannage/repérage de nos documents. La technique de la carte mentale reste d’ailleurs une pratique à bas coût: un papier et un crayon suffisent! Plusieurs logiciels gratuits comme Freemind offrent également la possibilité de réaliser des cartes.

Ce besoin de partager les savoirs devient d’ailleurs de plus en plus prégnant. En effet, désormais dans les organisations, le turn-over devient de plus important pour des raisons diverses et variées comme les départs à la retraite et les fréquents changements d’entreprise. En effet, sauf exception nous ne restons plus 30 ans dans la même organisation comme nos parents.

Et si vous n’aviez qu’un seul conseil à livrer à un Knowledge Manager débutant, quel serait-il?

Je donnerais un conseil à la Jean-Claude Van Damme ☺: restez open! De plus en plus, nous avons tendance à nous enfermer dans notre bulle informationnelle. Cet effet est renforcé par la personnalisation de plus en en poussée des services web. Dans son livre The Filter Bubble: What the Internet Is Hiding from You, Eli Pariser nous met en garde contre ce danger. De même, laissez de la place au hasard et au désordre dans votre système d’organisation. En effet, comme le remarque justement Bernard Nadoulek, écrivain et philosophe: «Une entreprise dans laquelle il n’y a pas d’ordre est incapable de survivre, mais une entreprise sans désordre est incapable d’évoluer.»

Xavier Delengaigne est l’auteur de plusieurs livres, traitant entre autres de la gestion des données personnelles, la veille et la recherche d’informations:

Il est aussi consultant dans la mise en place de projets innovants. Formateur et conférencier, il anime régulièrement des stages dans le domaine du management et la cartographie de l’information.

Retrouvez-le sur twitter: @hanaka

Son blog: La collectivité numérique

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